Le temps passe, rien n'effacera jamais... 


Toi qui aimais tant la vie, les montagnes, la musique, tu t'es envolée il y a maintenant plus de 10 mois.

Ton violon

continue de te jouer de jolies mélodies. 

La vie continue sans toi. Elle est tellement fade. Ici je te conterai cette vie, je te dirai ce qui se passe, afin que tu puisses en profiter d'où que tu sois.




Début mars 2003 : Nous descendons, Papa et moi, à Nice où nous devons rencontrer l'avocat. Ce n'est pas un plaisir, tu sais, de reparler de ce déchirement, mais nous pensons tellement à toi. Nous avons déposé un bouquet de fleurs à la porte de ton immeuble. Nous sommes allés au laboratoire, voir ton ami et nous avons vu la plaque que le professeur du laboratoire a fait mettre en ton hommage, pour nommer la salle de réunion de ton nom. Sur la route, nous avons été arrêtés par un troupeau de moutons. Des souvenirs me sont revenus, lorsque tu avais été en Corse et que tu avais vu sur le bord de la route des cochons sauvages. Pour la première fois, nous n'avons pas pris l'autoroute, mais la route que tu prenais, malgré les virages que je n'aime pas, tu sais, je l'ai trouvée belle, grâce à toi. 



Week-end suivant : Ton ami est venu à Grenoble. Nous avons longuement parlé. Comme il t'aime, ma biche !  



10 mars 2003 : Mémé est tombée à l'hôpital où elle est hospitalisée depuis le 19 octobre dernier. Elle s'est cassé le col du fémur. Opérée le 11, elle a du mal à remonter la pente. Elle pense tellement à toi , ma biche. Ses premières paroles au réveil de son opération ont été pour toi. Elle ne souhaite qu'une chose : te rejoindre.



24 mars 2003 : Nous partons à Nice dans un moment. Cela sera dur ma Biche, mais il le faut . Tu m'aideras. J'ai tant de choses à te dire. Mémé  est fatiguée, anémiée, et tu lui manques tellement. Je t'aime ma biche, je t'aime tant. Tu sais tu es de nouveau
 Tata : ta grande sœur a eu une petite fille le 20 mars. Elle est belle tu sais. Mais je pense tellement à toi qui n'est pas parmi nous pour savourer ce bonheur.



26 mars 2003 : Nous remontons de Nice. Que cette journée du 25 a été dure. Réentendre parler de ce tragique évènement, nous fait si mal. Heureusement ton ami était là, toujours si gentil avec nous. Dans un mois il faudra de nouveau recommencer. Que c'est long ma biche. Quand pourrons nous parler de toi autrement qu'à travers cette affaire judiciaire ?



28 mars 2003 : Ton petit neveu a 3 ans aujourd'hui, ma biche. Il grandit tu sais, il parle beaucoup maintenant. Ton ami va venir "fêter" avec nous son anniversaire. Il est si gentil avec nous. Il fait ce que tu aurais fait. Nous l'aimons tant. Je crois avoir oublié de te dire qu'il apprend le violon. Il continue de faire chanter ton violon.



29 mars 2003 : Ma biche, ne m'en veux pas, je suis à bout. Ta mémé chérie, que tu aimais tant va très mal psychologiquement. Elle gémit, pleure, crie, devient agressive. Certaines infirmières ne la supportent plus, sa voisine de chambre non plus. Le médecin nous a accusé à midi. Il dit que c'est notre chagrin qui la met dans cet état. Pourquoi nous accuser sans cesse. Sommes nous victimes ou coupables ? Pourtant nous sommes affectueux avec elle, nous ne lui parlons pas de choses tristes. Il faut s'accrocher pour paraître, mais on le fait. Quelle méchanceté. Je voudrais prendre Mémé à la maison, pour l'arracher à ce milieu. Dis moi ma biche, conseille moi.



7 avril 2003 : Je suis mal aujourd'hui, ma biche. Tout m'agace, je ne supporte rien. J'ai le mal de toi. Mal de ton absence. Cela fait un an maintenant que nous t'avons vu pour la dernière fois. Tu es montée à Grenoble pour fêter les 2 ans de ton petit neveu. Il vient d'avoir 3 ans. Moi qui aime les photos, je ne les ai plus rangées depuis que tu n'es plus là. Tu nous manques ma biche.
Ce week-end, ton copain était là, parmi nous. Quel déchirement pour nous lorsqu'il s'en va. Nous l'aimons tant. Il a joué avec ton petit neveu et a pris sa petite sœur dans les bras, comme tu l'aurais fait. Il pense tant à toi. Il t'aime ma biche.



29 avril 2003 : Il y a tout juste un an ma biche, tu changeais de domicile. Tu partais vers l'inconnu. Nous t'accompagnions ce jour là, le cœur serré, ne croyant pas à ce qui venait de nous arriver. Depuis, tu es dans nos cœurs ma biche . Nous ne cessons de penser à toi. Aujourd'hui nous t'avons porté des roses.
Cela fait longtemps que je ne t'ai pas raconter ce qui se passe. Tu sais ces jours derniers ont été très durs. Tu étais parmi nous mais ta présence, ton sourire, nous manquaient tellement . Il nous manqueront toujours. Nous sommes partis Papa et moi , la semaine du 22 avril, pensant être moins mal qu'à Grenoble . Mais les journées ont été longues. Nous avons été au laboratoire, parler de toi avec ceux que tu aimes tant . Nous avons vu ton ami , toujours si gentil . Nous avons été chez ses parents, toujours pour parler de toi . Il sont si gentils aussi et pensent beaucoup à toi. Le 27 avril,  jour du semi marathon de Nice, nous étions sur place . Tu sais que je ne suis pas sportive. J'ai voulu avec Papa, courir les 3 kilomètres. Ton ami nous a soutenus. Je l'ai fait pour toi ma Nounouche. Tu avais fait les 10 km l'an dernier et ton ami a fait le semi marathon cette année . Nous avions ton dossard contre nous, puis ton ami l'a pris contre lui pour courir. Tu vois tu étais avec nous . 
Nous sommes passés rue de la Préfecture à Nice, bien sûr. Nous sommes montés près de la porte de ton appartement et j'ai pris des photos afin de garder à jamais ce souvenir. Nous sommes aussi passés rue Borriglionne, où tu habitais avant avec ta copine. Nos cœurs se sont serrés. Tu aimais bien cet appartement aussi, devenu trop grand pour toi seule, lorsque ta copine en est partie.
Je voulais te dire que ta Mémé quitte l'hôpital demain. Elle rentre en maison de retraite. Elle a besoin de soins, elle ne peut plus marcher, aussi elle sera mieux ainsi. Nous espérons seulement que son moral aille un peu mieux. 
Demain, cela fera un an que ton frère s'est marié. Ce n'était pas une fête ce jour là. Tu venais de partir, avec les vêtements que tu avais acheté pour son mariage. Mais nous les avons accompagnés à la mairie comme prévu, car tu étais dans le cœur de chacun. Je t'aime, je t'aimerais toujours ma fille.



15 mai 2003 : Ma biche, je suis très fatiguée aujourd'hui. Pourquoi tout va mal. Pourquoi tant d'agressions de toutes sortes. Je voudrais être plus au calme, avoir plus de temps à te consacrer, pouvoir venir te parler plus souvent, pouvoir penser calmement à toi. Ta mémé que tu aimais tant a eu un problème lundi dernier, le 12 mai, à la maison de retraite. Elle a eu une embolie pulmonaire : réanimée d'urgence par le médecin car son cœur ne battait plus : massage cardiaque, bouche à bouche, tension à 5. Il ne lui donnait que quelques heures à vivre. Et elle est revenue à elle, sa tension est remontée. Elle est partie aux soins intensifs à l'hôpital et maintenant elle est de nouveau en gériatrie. Le médecin vient de nous dire que l'embolie avait atteint les deux poumons. Nous devons gérer cela. Encore une chose qui nous affaiblit, nous agresse. Nous sommes sur les nerfs, Papa et moi, donne moi de la force, ma biche . Peut être suis-je trop exigeante. Tout se brouille dans ma tête en ce moment. Je ne sais plus ce que je voudrais. Je sais seulement que je suis épuisée et que je t'aime, je t'aime tant. Tu me manques tant.



23 mai 2003 : J'insère ce message, qui s'est effacé je pense. Peut être, un oubli de ma part de l'enregistrer. Nous sommes allés à La Morte. Moi qui n'avais jamais vu ce paysage, n'osant pas aborder les virages de la route. Je m'en veux de ne l'avoir fait que maintenant, ma Biche. C'est merveilleux, calme. Je comprends pourquoi tu aimais tant y aller. 

Je t'ai rapporté une gentiane que j'ai prise en photo en pensant à toi. C'est en partant de ce village que tu as fait cette randonnée entre amis au lac fourchu.
Je t'aime
ma Biche. Je t'offre ma gentiane




12 juin 2003 : Ma biche, aujourd'hui c'est le jour du bac, Marie-Laure est partie passer la philo. Elle était stressée, nous espérons que cela ira pour elle. Tu sais elle a beaucoup travaillé pour rattraper tout ce qu'elle a manqué lorsqu'elle était déprimée et ne pouvait se concentrer. Je suis sûre qu'aujourd'hui, elle ne dit rien, mais doit avoir une pensée pour toi. Aide là ma biche, elle t'aime tant.
Hier après midi Mémé est retournée à la maison de retraite. Elle n'était pas énervée, simplement fatiguée. Sûrement le transport et la chaleur. J'espère que cela ira et qu'elle reprendra le rythme de la maison de retraite, car ce n'est pas toujours facile pour nous de la voir comme cela.
J'aimerais tant qu'elle reprenne goût à la lecture et la télé, cela la divertirait un peu. Je t'aime ma biche. 



16 juin 2003 : Aujourd'hui Marie-Laure est partie passer son Bac. Elle commence par l'histoire géographie ce matin. Elle était très stressée et devait penser à toi, même si elle ne le disait pas. Je te demande de l'aide ma Biche. Sois la petite fée magique qui donne du courage et de la force à ta petite sœur comme tu l'aurais fait par téléphone. Vous vous en seriez dit de gentilles choses et tu lui aurais donné tant de bons conseils. Tu sais elle a bien travaillé et, malgré toutes ses absences, je voudrais tellement qu'elle réussisse. Ton copain lui a prêté sa gourmette pour ses examens, porte bonheur qu'elle n'a pas oublié. Merci ma biche, tu nous manques tant.



17 juin 2003 : Nounouche, ma biche, je suis fatiguée. Marie-Laure est partie pour son deuxième jour du Bac. Hier l'histoire géographie et la physique-chimie ne semblent pas s'être trop mal passés. Des étourderies, nous a dit Marie-Laure. Mais estimons nous heureux qu'elle puisse se concentrer. Aujourd'hui ce sera les Maths et l'anglais cet après-midi. Il lui restera la Biologie et l'espagnol demain. 
Hier nous avons été voir Mémé, quel accueil ! Je ne sais pas, je ne sais plus. Elle commence à perdre un peu la tête je trouve, elle nous culpabilise de l'avoir mis en maison de retraite où elle ne s'y plait pas du tout. Elle est très agressive et en veut à tout le monde. Combien de temps allons nous tenir ? Elle n'est pas bien et nous non plus. Nous t'aimons tant, ma Biche.



18 juin 2003 : Ma biche, Marie-Laure est partie pour sa dernière journée du bac. Hier soir elle n'était pas contente des maths. Parait-il que tout le monde avait eu des problèmes. Que va-t-il se passer ? J'espère qu'elle pourra se rattraper ce matin avec la biologie, elle n'a pas cessé de travailler, même en mangeant. Elle aura vraiment fait tout ce qu'elle a pu. Je t'aime ma biche et comme elle aurait pu parler avec toi si tu avais été là ! Non , je n'y crois pas. Je t'aime trop.



19 juin 2003 : Ma biche , Marie-laure a fini de passer son bac hier. Il semblerait que cela n'est pas trop mal marché en biologie. Hier soir beaucoup d'élèves se sont réunis pour discuter. Nous avons pensé très fort à toi. Pourquoi, pourquoi, n'étais tu pas là pour pouvoir parler avec toi de cet examen ? 
Aujourd'hui on était chez le médecin et Marie-Laure nous a appelé, elle n'allait pas bien. Papa est vite revenu : grosse crise d'angoisse. Cela faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Elle est aussi très fatiguée par ce stress de l'examen. J'espère que ce ne sera que passager. Mémé a 87 ans aujourd'hui, Véro. Comme tu aurais aimé lui téléphoner pour lui souhaiter un bon anniversaire ! Nous sommes allés la voir pour lui souhaiter son anniversaire, mais elle n'apprécie plus. Elle semblait plus calme aujourd'hui malgré tout. C'est dur Nounouche, comme c'est dur. Pourquoi n'es-tu pas là, pourquoi ? Quelle injustice ! plus de 14 mois que l'on ne t'a pas vu. Bientôt 14 mois que tu es partie. Non ce n'est pas vrai. Dis moi que ce n'est pas vrai. 



7 juillet 2003 : Ma Véro, je ne t'ai encore pas dit que Marie-Laure avait réussi son bac. Elle a eu la mention assez bien. Nous étions contents, mais comme tu nous a manqué pour partager cet évènement. Elle a eu les résultats vendredi 4 juillet. Pardonne moi de ne pas avoir écrit plus tôt. Tu me manques tant, nous sommes tellement seuls que je ne suis pas bien. 
Je t'aime ma biche, je t'aime tant.



8 juillet 2003 : 28 ans, c'est ton anniversaire aujourd'hui. Il y a 28 ans j'étais la plus heureuse. Tu es née à 8 heures du matin, après des problèmes qui ont failli te coûter la vie. Je pense tellement fort à toi aujourd'hui ma biche. A présent tu es dans mon cœur et personne ne te prendra pour fêter ton anniversaire ailleurs. Pardonne moi, tant de fois j'aurais aimé t'avoir près de moi, et cela se passait autrement. Maintenant personne ne pourra te prendre. C'est dans mon cœur que tu es. Je t'aime ma Biche, j'ai perdu tant de présence avec toi pour ne plus en avoir du tout maintenant, physiquement. Comment ne pas en souffrir ? 
Je t'aime, et je t'aimerais toujours. 



22 juillet 2003 : Il y a 15 mois, ma biche, tu partais. Pourquoi, pourquoi toi, comme a dit cet individu ? J'ai mal de toi aujourd'hui, ce soir, au petit matin, même car il est très tard, même très tôt, puisqu'à 1h20 du matin, je suis là près de toi, près de ton corps meurtri. Que faisais tu à cette heure là, il y a 15 mois, je n'ose y penser. 
Je t'aime, je t'aime tant. Je t'aimerais toujours.



8 août 2003 : Aujourd'hui tu as 28 ans et un mois, ma biche. Cela fait longtemps que je ne t'ai pas écrit. Je me sens si seule. Vraiment seule avec ma peine. Tous ces pourquoi, tous ces comment, vont me harceler encore combien de temps ?
Tu sais, Marie-Laure est partie lundi dernier, le 4 août, au Japon. Elle est allée voir Alain et Loline. Elle a fait le voyage avec un garçon qui patine avec elle, au ballet sur glace. Il est Japonais, travaille ici et partait voir sa famille. Cela lui a permis de ne pas faire le voyage seule. On l'a eu sur Internet, elle est contente.
Il fait très chaud, cette année. Tu me dirais " toi qui aime la chaleur ! ", oui, mais on atteint les 40° et c'est dur à supporter. Au dessus de la Bastille, le Néron a brûlé pendant des jours. Jamais je n'avais vu de canadairs à Grenoble. Tu as vu ma biche ? Dis moi que tu as vu toi aussi. 
Mémé languis, tu sais, à la maison de retraite. Elle nous a appelé ce matin vers 8h30. Elle vient de rappeler à l'instant. Je ne savais pas comment elle faisait pour appeler car elle dit ne pas arriver à composer les numéros. J'ai compris. Elle fait le 1 puis le 2 et ainsi de suite et en faisant seulement le 1 et le 2, elle a les renseignements et elle demande. J'ai mis du temps avant de comprendre comment elle faisait. Tu l'aimes ta mémé, mais tu sais elle déprime tellement, comment veux-tu que nous lui remontions le moral ? Nous ne sommes même pas capables d'aller la voir tous les jours. 
Je t'aime, tu me manques tant.



26 septembre 2003 : Cela fait si longtemps que je ne t'ai pas écrit ma biche, oui, si longtemps. La vie n'est pas facile et si peu le comprenne, très peu même, d'autres se plaisent à faire du mal. Mon journal a déplu à une certaine personne qui a voulu me faire mal par ses propos. Cela n'arrive pas qu'aux autres, peut être comprendra t il un jour. C'est impensable qu'il existe des gens comme ceci sur cette terre. Le plaisir de voir souffrir. 
Pardonne moi, ma biche, de ne pas tenir le coup tous les jours. des efforts j'en fait, mais c'est si dur. Le 22, cela faisait 17 mois que tu nous quittais . Plus de 17 mois que nous ne t'avons plus revu.
Je t'aime tant, et nous sommes si seuls. 
Heureusement j'ai quelques amis sur Internet avec qui je peux parler et qui comprennent, qui sont si gentils. 
Marie-Laure est rentrée à la fac, j'espère que cela ira. Tu n'es pas là pour parler avec elle comme avant. Sandrine a son travail et les petits, Alain est toujours au Japon avec Loline. Je crois bien qu'ils ne reviendront pas ici. La vie leur plait là-bas. C'est dur de ne les voir qu'une fois par an, mais la vie est ainsi faite. Tu me disais, il y a encore peu de temps qu'il devait avoir le mal du pays. Tu vois, je crois que non, maintenant. Ta petite belle sœur est si gentille. 
La vie change au fil des jours, des mois, mais pour moi, nous sommes toujours en 2002.
Je t'aime ma biche, je t'aime tant et personne ne pourra m'en empêcher.



30 octobre 2003 : J'ai envie de venir bavarder avec toi ce soir ma biche. La terre continue de tourner comme diraient certains. Oh c'est sûr, mais sans toi, c'est si dur. 
Alain a eu 26 ans, au Japon. Marie Laure a eu 18 ans trois jours après. Pas de coup de fil de ta part. Il y a peu de personnes pour comprendre cela, sinon mes amis, dans notre cas.
Les mauvais jours sont là avec leur lot de souffrance et de lassitude. 
Nous voulions partir nous reposer un peu pour cette sombre période de Toussaint et Mémé est mal, bien mal je pense. Nous sommes restés près d'elle cet après midi. Elle dort, ne parle que très peu. Elle est très faible, complètement couchée maintenant, sous perfusion, déshydratée et avec une pneumopathie. Elle souffre trop sur cette terre. Elle a eu son lot de souffrances et n'a pas supporté que tu nous quittes. Appelle là ma biche. Elle sera heureuse. 
Ne m'en veux pas, c'est dur, la vie est dure. Certains ne comprendront pas, mais cela m'importe peu, c'est à toi que je le dis. 
Tu nous manques. Nous t'aimons tant.



10 novembre 2003 : Un coup au cœur hier ma Biche, un autre aujourd'hui, trop, c'est trop. Les gens ne comprendront jamais, sauf s'ils ont vécu la même chose. Je sais tu ne voudrais pas que l'on s'enferme sur nous même, mais que l'on ne me parle pas de tourner la page, non. Tu es là, tout près de moi, ma Biche et je mentionnerai ton prénom jusqu'à mon dernier souffle. Personne ne m'en empêchera. On peut continuer de vivre, chancelants, en parlant de toi. Je ne comprends plus cette société. 
Je t'aime tant ma Véro.



23 décembre 2003 : Il y a 20 mois aujourd'hui, nous apprenions que nous ne te reverrions plus ici. 20 mois, courts et longs à la fois. Tu nous manques ma biche. Que de choses se passent sans toi. Quel déchirement pour moi.
Nous sommes allés à Nice et le 5 décembre tu obtenais ta thèse de docteur en biologie moléculaire et cellulaire. Très dur ma biche, sans toi. Bien que ta photo était très présente parmi nous et que dans nos cœurs tu étais là. Toutes les éloges que les professeurs ont faites de toi, tu les as méritées je pense. C'est dur pour moi de le dire. Fierté mal placée ? Non, je t'aurais préféré, petite ouvrière bien présente. Tu as fait de belles études et je ne peux qu'espérer que ta recherche puisse un jour sauver des vies humaines du cancer. Ce serait cela ma victoire. 
Je ne pourrais parler de ta recherche, n'étant pas assez douée. Tu travaillais sur les cellules. Ces cellules dont nous avons tant entendu parler. 
J'ai appris ce 5 décembre, que tu avais terminé première du DEA, je ne le savais pas. Est ce ma mémoire qui me fait bien défaut en ce moment ou toi qui ne nous l'avait pas dit tout simplement ? Ton travail te plaisait tant. 
Je t'aime ma biche. Je souffre comme au premier jour, plus même peut être. Noël approche et ce sera dur, tu ne seras pas là.
J'ai tant besoin de parler de toi. Tu es tellement présente, et nous tellement absent du monde extérieur. 
Je t'aime ma Véro.



23 janvier 2004 : 21 mois, oui 21 mois ma Biche et toujours autant de mal à y croire. La vie est monotone . Nous ne savons pas où nous sommes bien. Tant de choses se sont passées en un mois. Toute cette période des fêtes de fin d'année, période si difficile. Il ne reste plus qu'à espérer que les beaux jours arrivant, le soleil puisse avoir un effet apaisant sur nous. Mais comment arriver à penser cela, tu nous manques tant. Nous avons du descendre vers Nice. La justice est longue. Je ne sais plus s'il faut croire à quelque chose. Jamais je ne pourrai accepter que l'on t'ait ôté la vie, sans crier ma colère. 

Lorsque nous sommes descendus vers Nice, je t'ai rapporté une fleur, ma biche, la même que devrait donner ta plante, mais elle n'aime pas le climat de Grenoble.
Je te l'offre ma Biche, car je t'aime



22 mars 2004 : Deux mois que je ne t'ai pas écrit ma biche. Deux mois si difficiles pour moi. Deux mois de plus sans toi. Ce soir je pense à toi plus que jamais. Il y a 23 mois tu nous quittais à cette heure ci dans de terribles conditions et nous ne l'avons su que le lendemain à 14 heures. Comment puis je y croire? J'imagine souvent que tu es partie faire ton post doctorat aux États-Unis comme tu l'avais prévu. Cela me permet de vivre sans ta présence. Mais tu es bien blottie au fond de mon cœur, là où personne ne viendra t'arracher à moi. Je me sens si seule. Tous ces gens à qui l'on ne peut pas parler, qui ont sûrement peur, ou qui ont tourné cette page qui reste à jamais ouverte pour nous. Ta petite nièce vient d'avoir un an et tu n'as jamais eu le bonheur de l'embrasser. Comme nous sommes malheureux sans toi ma biche. 
Je t'aime, je t'aime tant.



25 avril 2004 : Ces jours derniers ont été si difficiles sans toi, ma Biche. Tout à la fois, tu n'étais pas près de nous, nous déménagions avec tonton et tata l'appartement de mémé, qui elle-même est tombée à la maison de retraite. Elle a dû être hospitalisée, 5 points de suture sur son front, elle est revenue très fatiguée. Nous avons vu dernièrement un copain de DEA, qui est venu gentiment nous rendre visite. Quel plaisir pour nous de parler de toi. Hier soir Alain et Loline sont arrivés de Tokyo, cela fait 16 mois que nous ne les avions pas vu. C'est dur de vivre tous ces moments sans toi. Mais tu es parmi nous, toujours, à chaque instant. Rien ne se passe sans que nous ne pensions à toi. Tu es toujours présente, tu le seras toujours. 
Je t'aime, je t'aime tant ma Nounouche.



5 mai 2004 : A 13h aujourd'hui, nous étions à la gare, Alain et Loline prenaient le train qui les menait vers Paris pour prendre ensuite l'avion pour Tokyo. A l'heure qu'il est, ma Biche, ils viennent à peine de commencer leur long voyage de 12 heures pour rejoindre leur "chez eux". Nous avions le cœur gros. Gare, puis ta demeure où nous sommes passés, puis la maison de retraite où mémé s'affaiblit de plus en plus. Dure journée. 
Ils sont partis. Il nous faudra attendre une année pour les revoir. Mémé les a certainement vu pour la dernière fois... Tu vois, tout est devenu fade sans toi. Les jours passent, sans but, sans trop savoir ce que nous ferons le lendemain, et la vie continue. 
Nous avons eu des coups au cœur. Ton premier ami t'a dédié sa thèse qu'il a passé en décembre dernier. Nous en avons un exemplaire. Il est pour toi ma Biche. Ton ami des derniers mois est venu à la maison nous voir ce week-end dernier. Il passera sa thèse lui aussi, puis partira à l'étranger, en post doctorat, comme tu voulais le faire. Nous aurons le cœur gros.
Je t'aime ma Biche, je ne cesserai de t'aimer et de parler de toi. Le temps s'est rafraîchi, j'ai mis ton pull-over. Tu étais tout contre moi.
Tu me manques ma Nounouche.



23 mai 2004 : Il y a 25 mois, ma biche, nous apprenions l'horrible nouvelle. Depuis notre vie n'est plus la même. Je voudrais tant que quelqu'un soit reconnu coupable. Je sais, cela ne te ferait pas revenir parmi nous. Mais je suis convaincue que si cet individu avait été soigné correctement, tu serais parmi nous et la vie serait comme avant. Pourquoi des médecins auraient-ils le droit de se déculpabiliser, puisque la psychiatrie est trop abstraite ? Pourquoi la justice ne cherche pas plus ? pourquoi cette lenteur, pourquoi cet avocat ne nous tient pas au courant ? Toutes ces personnes te prennent pour un numéro de dossier, un fait divers. C'est inhumain ma biche. Ils ne vivent pas ce que l'on vit, ils se moquent bien de ce que l'on peut ressentir.
Je sais que tu ne voudrais pas me voir en colère mais je voudrais t'avoir près de moi et par leur faute je ne peux te parler qu'ici. 
Je suis fatiguée ma biche, fatiguée de me battre contre des montagnes et je sais que c'est un plaisir pour la justice de voir les victimes baisser les bras.
Je ne devrais pas te dire cela ma biche, mais j'ai mal, si mal. 
Tu sais une de tes copines de Paris m'écrit, si tu savais comme cela me fait plaisir de savoir que l'on pense à toi. Cela fait tant de bien de recevoir un gentil message. 
J'ai oublié de te dire qu'au labo il y a eu une deuxième naissance. Ma biche, tu savais qu'une première naissance devait arriver, c'est maintenant la deuxième, et tu n'as pas eu la joie de les voir. Cela me fait si mal. 
Je t'aime tant ma biche, et je dois continuer ma route sans toi. A bientôt ma biche.



25 mai 2004 : Ma Biche, j'ai tant besoin de venir te dire tout ce qui se passe. Lorsque j'ai mal, je dois te le dire. Tu sais que j'aurai toujours mal de toi, mais comme si cela ne suffisait pas, il nous faut supporter d'autres agressions. Nous n'arrivons plus à joindre l'avocat. Tu sais, c'était déjà très difficile, et depuis hier plus rien, nous venons d'apprendre que son téléphone est coupé pour non paiement de sa facture. Une épreuve de plus, ma Biche, que va-t-il se passer maintenant ? Allons nous devoir chercher un autre avocat ? Je ne sais pas, je suis perdue. Pourquoi tant de choses, tant de mal nous accable. J'aurais tant voulu que tu sois reconnue haut et fort VICTIME, c'était mon plus cher souhait. Que le responsable paie. J'aurais tant voulu ma Biche. 
Pourquoi avoir le droit de t'ôter la vie par de la négligence envers les soins qui auraient dû être donnés à cet individu afin qu'il ne t'atteigne pas.

Répond moi Véro, répond moi, que dois je faire ? JE T'AIME 



23 juin 2004 : Ma biche, je ne sais pas trop où j'en suis en ce moment. Les jours passent, sombres, sombres comme le temps qui n'est pas beau non plus. Il y a eu la fête des mères et celle des pères. C'est dur tout cela pourtant nous aimons tant tes sœurs et ton frère, mais tu nous manques tant, et puis j'ai l'impression que tout échoue depuis que tu es partie. Plus rien ne sera comme avant. J'aurai tant voulu que nous soyons reconnus victimes, j'aurai tant voulu que le monde entier sache que cela arrive. Et rien, rien ne se passe. Nous avons dû changer d'avocat. Nos chances d'aboutir sont nulles ou presque. Des erreurs, de la négligence, je n'en sait rien. On a l'impression que les gens pensent que c'est de l'histoire ancienne, et personne ne vient frapper à notre porte pour quoi que ce soit. C'est trop tard maintenant de toutes façons, tu me connais, ma biche, je n'accepterais pas que l'on revienne maintenant. Nous avons dû faire face, seuls, jusqu'à présent, donc nous ne voulons pas renouer contact avec ces gens là. Les gens sont si égoïstes. Mémé va mal. Ce matin, l'infirmière nous a dit " cela peut durer des semaines". Mémé va partir Nounouche. Tout a commencé parce que l'on t'a fait du mal. Je sais, elle est âgée, mais elle ne serait pas partie ainsi. La vie est triste, lugubre, et autour de nous on voit ceux qui rient, qui vivent sans se soucier de tout cela. Comme tout est injuste. Tu nous manques ma biche. Même le soleil ne veut pas briller cette année. 
Je t'aime , je t'aime tant. 
Je n'y croirai jamais et pourtant il y a  26 mois aujourd'hui, ton ami te retrouvait devant ta porte. 



26 juin 2004 : Besoin de te parler ma Biche, ce soir, J'ai des soucis. Beaucoup de choses me passent dans la tête et je ne suis pas bien. Tu me comprendras. La vie n'est pas simple sans toi. Tu sais je voudrais tant faire pour toi, mais vais je y arriver ?  Il y a deux nuits je rêvais de toi. Un rêve trop court, que j'ai voulu prolonger, mais j'étais réveillée , je ne pouvais plus. Tu me disais que cela n'allait pas, dans ce rêve. Pourquoi ma Biche ? Pourquoi ? Aujourd'hui j'ai trouvé mémé très faible. Je ne l'avais jamais vu si faible, sans pouvoir dire un seul mot, rien. Son regard, sans vie, son visage amaigrie, fatigué, triste, sa bouche qui ne voulait pas s'ouvrir. J'ai l'impression d'avoir déjà perdu mémé tu sais. Je t'en parles ma Nounouche, tu me comprends. J'ai aussi d'autres soucis qui me perturbent. Je ne suis pas bien ce soir et j'avais besoin de te le dire. 
Je pense toujours à toi, toujours. Je t'aime tu sais.



8 juillet 2004 : Ma Biche, je n'ai cessé de penser à toi aujourd'hui. Je n'ai pas pu me concentrer sur autre chose. J'ai revécu ce jour du 8 juillet 1975 qui fut l'un des plus beaux jours de ma vie. Mon bébé était là, bien en vie, tout contre moi. Quel bonheur. 
J'étais une maman comblée ce jour là, je venais d'avoir ma deuxième puce. 
Mais aujourd'hui tu n'as pas été près de moi, et mon cœur a été si lourd. Il n'a pas fait beau temps aujourd'hui. Le ciel a été à l'image de mon cœur. 
Mais tu es là en moi, dans mon cœur, et l'on ne se quittera plus. 

Je t'aime, je t'aime tant ma Véro. Je t'offre cette rose que j'ai pris en photo.



23 août 2004 : Il y a 2 ans et 4 mois aujourd'hui, deux policiers venaient nous annoncer la terrible nouvelle. Ma Nounouche, je ne t'écris pas souvent en ce moment, je suis si mal, je prends conscience de cette dure réalité et c'est trop dur pour une maman tu sais. Oh je sais, si tu étais tout près de moi, tu me secouerais, en me disant de vivre un peu, de me ressaisir. Mais c'est trop dur sans toi ma Biche, trop dur. La vie a un goût amer, les gens vivent autour de nous, ne se préoccupent pas de notre drame. C'est dur. Tu sais Mémé est toujours pareille. Toujours dans le même état. Clouée au lit, complètement depuis avril. Elle ne bouge pas, ne parle presque plus, juste pour nous dire qu'elle veut partir et pour prononcer ton prénom. Si tu étais près d'elle, elle serait sûrement plus paisible. Ta photo dans sa chambre est là, et je te parle tout bas en lui donnant la main. Elle souffre beaucoup. Son cœur a trop souffert. 
Pardonnes moi mes faiblesses ma Biche, mais tu sais, jamais je ne pourrai cesser un instant de penser à toi. Je t'aime trop. Je te regarde sur les vidéos, je te vois, je t'entends rire, parler, et c'est un petit moment de bonheur, qui me fait pleurer souvent mais j'en ai vraiment besoin. Je t'aime tu sais. 



18 septembre 2004 : Soudain mon cœur se serre, une musique, un souvenir, je sombre dans la réalité et je viens vite te trouver ma Biche. J'écoute la chanson "je n'aurai pas le temps" et cette vérité me saute au visage. Pourquoi ma Biche, pourquoi ? Non, tu n'as pas eu le temps, pas eu le temps de vivre, pas eu le temps de profiter de tes études, pas eu le temps de vivre tout simplement. Tant de bonheurs que tu n'as pas connu. Comment vais-je arriver un jour à me résigner à cette idée que l'on t'a volé ta vie, et que les responsables profitent pleinement de la leur. J'ai tant de haine en moi ma Nounouche, ne m'en veux pas. Tu sais Papa a 55 ans demain. Tu serais venue ou alors tu aurais téléphoné. Je t'entends d'ici dire, avec une petite voix bien à toi, la joie dans ta voix "bon anniversaire mon papa". Comme je l'entends cette petite voix. 
Nous nous battons, ma Biche, pour que justice soit faite, mais l'on va encore se moquer de nous. Qu'est ce une vie, pour ceux qui sont sous haute protection ? 
J'ai mal de toi. Viens me trouver dans mes rêves la nuit. 
Ma Biche, je donnerais tout pour rembobiner le film. Dis moi que tu es aux États-Unis pour la suite de tes études, comme prévu.
Ce soir, ta photo contre moi, comme tous les jours, je fermerai les yeux et je te verrai toujours aussi belle.
Ils n'avaient pas le droit, non. Je t'aime , je t'aime tant.



22 octobre 2004 : Il y a 2 ans et demi ce soir, ma biche, tu nous quittais. Pardonnes moi, je ne t'écris que pour te parler de mon mal être. Je ne comprends plus ce monde dans lequel nous vivons, je ne suis plus tolérante du tout. Notre vie, ma vie s'effiloche, je n'arrive plus à apprécier les belles choses de la vie. Il faut dire qu'il y en a si peu. Je pourrais presque dire que pour moi il n'y en a pas. Tout est brouillé, voilé. Je ne sais pas ce qui m'a valu cet enfer sur cette terre. 
Combien de temps vais-je encore tenir dans ces conditions? Je suis mal, j'ai mal de toi et en plus je suis si déçue de la société, de cet égoïsme. Je me trompe peut être. Tout ce que je sais , est que personne ne vient vers moi pour me dire un tout petit mot, le téléphone ne sonne plus, la porte reste fermée. Et ton "chez toi" n'a de fleurs que lorsque nous y allons en déposer. Que le monde est triste et méchant. Mais finalement, tu n'es pas là bas, non, tu es dans mon cœur, et là tu as mon amour, ma chaleur pour te réchauffer, pas besoin de fleurs. Lorsque j'en croise au détour d'un chemin, je les regarde pour te les montrer.
Ne crie pas ma biche. Je te sais beaucoup plus tolérante, mais j'ai mal, si mal. C'est mon cœur de mère qui parle, et il s'use chaque jour un peu plus.
Je t'aime ma biche.  Pourquoi , pourquoi ? 



23 octobre 2004 : Aujourd'hui Marie-Laure a eu 19 ans. Alain a eu 27 ans le 20 octobre. Nous n'avons rien fait. Je n'ai jamais tant pleuré qu'aujourd'hui. J'ai trop mal ma biche, trop mal. Personne ne pourra te remplacer, personne. J'ai eu quatre enfants et non trois, tu me manqueras toujours. Ma vie n'a pas de sens en ce moment. Je ne suis bien nulle part et j'ai mal de voir les autres vivre. J'écoute Alain Souchon ce soir. Tu l'écoutais parait il peut de temps avant avril 2002, cela me fait encore plus mal. 
J'ai mal de toi ma biche j'ai mal. Je ne trouve plus de solution. Je suis mal ici, mal ailleurs. Nous nous sommes battus pour rien. Tout le monde s'en fiche. Jamais, jamais cela n'aurait dû arriver. J'en veux à la terre entière. Je voudrais fuir, ne plus voir personne. 
Aide moi ma biche, aide moi, je coule, je t'aime, je t'aime tant. Chaque jour est plus difficile à vivre que le précédent. Viens m'embrasser la nuit, viens dans mes rêves, viens que je te vois, que je te serre dans mes bras.
VERO, VERO !!



29 octobre 2004 : Je voulais te dire, ma biche, que nous avons reçu lundi dernier, le 25 octobre, ton attestation de diplôme. Quelle joie et quelle peine pour nous. Fiers de toi, nous l'avons toujours été comme tous parents pour leurs enfants, mais c'est dur de voir arriver cette attestation, en attendant le diplôme. C'est à toi qu'il revient, tu sais. Tu as si bien travaillé. Tu es Docteur en biologie moléculaire de la cellule, diplômée de l'université de Paris XI, avec mention "très honorable" . Je ne pouvais m'empêcher de te le dire. Tu as si bien travaillé ma biche. Nos cœurs ont eu très mal en voyant cette attestation. C'est dur mais nous t'aimons tant. Vous avez tous bien travaillé, mais tu ne profiteras pas de tes recherches. C'est si dur pour nous.
Je t'aime ma biche, je t'aime tant. 



10 novembre 2004 : Aujourd'hui, ma biche, nous étions entendus par la juge d'instruction à Nice. Nous avions besoin de lui dire ce que nous ressentions, lui parler de toi, et tenter de lui faire passer le message que nous souhaitions : tout savoir. Nous souhaitions qu'aucune ombre ne reste sur les circonstances de ta disparition. Mais que c'est dur de se faire comprendre. Nous ne parlons pas le même langage que les hommes de lois, et nous parlons de notre fille. C'est notre cœur et tu n'es pas un numéro de dossier. C'est dur ma biche, que c'est dur, et notre combat pour faire cette "lumière" est si long, si dur. Notre douleur n'a pas de nom. Je m'isole de plus en plus pour me protéger des maladresses. Je t'aime ma Nounouche, comme je t'aime. 
Tu me manqueras toujours. 



22 novembre 2004 : Pas un 22 ne passera sans que cette date ne me résonne dans la tête. 2 ans et 7 mois ce soir que tu nous a quitté. Pourquoi, pourquoi ? Pourquoi n'as tu pas eu peur de cet individu, pourquoi ne pas nous en avoir parlé plus longuement au point de nous faire peur, pourquoi ton copain n'est pas monté avec toi ce soir là ? Toutes ces questions sans réponses.
 Noël approche et je pense à toi, je pense à tes petits neveux, à tout le monde. Et lorsqu'il s'agit des petits, je ne vois, je ne cherche que les girafes, comme en manque de quelque chose, de quelqu'un, de toi, ma Nounouche. Tu adorais les peluches, moi aussi, et maintenant les girafes sont tout un symbole pour moi. Je les cherche dans les magasins de jouets. Je n'arrive pas à changer. J'ai peur de choquer. Mais je t'aime tant, j'ai trop besoin de te le dire. 
Tu me manques ma Biche, viens me trouver la nuit, viens rêver avec moi. Je t'aime !



2 décembre 2004 : Je pense sans cesse à toi ma Biche, mais encore plus ces jours ci où tu es sans cesse présente à mes côtés. Ta mémé Simone que tu aimais tant, vient de nous quitter le 30 novembre. Elle a tant souffert de te savoir partie ainsi avant elle. Elle s'en est allée, sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, elle a cessé de souffrir. Je la regarde, avant que son corps ne nous quitte, et je lui parle de toi. Je sais que ces dures années ont été pour elle, peuplées de douleur morale et physique. Vous vous aimiez tant. Que de colère, présente au fond de mon cœur, que je ne peux encore exprimer ! Je t'aime ma biche. Cette phrase est pour moi comme un baiser que je dépose sur ta joue, comme celui que j'ai donné tout à l'heure à mémé, sur son front glacé, en lui souhaitant de rêver à toi.



5 décembre 2004 : Ma Nounouche, hier nous accompagnions Mémé à sa dernière demeure. C'est dur de se dire que nous ne reverrons plus son visage. Elle avait plus de 88 ans, bien sûr, mais a tant souffert dans sa vie. Je ne sais pas ce qu'il y a après, mais je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire avant de partir, de te faire un coucou en arrivant vers toi. Je ne sais pas. Je voudrais croire en un monde serein et rempli d'amour. Tu me manques ma biche, et mémé n'est plus là maintenant. Comme vous vous aimiez toutes les deux. Je te serre dans mes bras ma Biche. Regarde ma Nounouche, tu te souviens ?





14 décembre 2004 : Ma Biche, mon oncle, tu te souviens, le frère de Mémé est parti hier le 13 décembre. Je savais qu'il allait mal, mais je ne pensais pas qu'il allait nous quitter si vite. Tu te rappelles lorsque tu les avais vu à Nice. Il riait tout le temps. Il plaisantait beaucoup, toujours de bonne humeur. Cela me touche beaucoup tu sais. Il est parti, moins de quinze jours après mémé, sa sœur. Tu l'aimais bien, tout le monde l'aimait. J'ai son rire, ses plaisanteries en tête. Je te dis tout ma Nounouche, tout ce qui se passe ici, mais en cette fin d'année, ce n'est pas gai tous les ans et encore moins cette année. Tu nous manques. Viens me faire un bisou la nuit lorsque je dors. Encore un Noël sans toi qui aimait bien décorer la maison. Nous ne le faisons plus maintenant. Tu sais que je t'aime . Je t'étourdis de te le dire.



23 décembre 2004 : Ma Véro, il y a aujourd'hui 2 ans et 8 mois, deux policiers venaient par leurs mots, malheureusement vrais, changer totalement notre vie. Hier j'avais le cœur gros, c'était le 22, aujourd'hui le 23 et puis ce sera Noël. Dur ces moments de décembre, sans toi près de nous. Tu sais, je viens de recevoir un message de ton amie Maude. Quelle émotion ! Comme cela m'a fait du bien ! Comme j'aimerais avoir de temps en temps tes amis qui me fassent un petit coucou. Je ne voudrais pas les ennuyer, mais quelle bouffée de douceur, lorsque l'on me parle de toi. Je ne peux t'expliquer. Cela me fait tant de bien. Tu vois ma Nounouche, on ne t'oublie pas et cela me donne de la force. Quel bonheur d'entendre parler de toi. 
Tu es toujours là ma Biche. Toujours parmi nous. Je t'aime. 



13 janvier 2005 : Comment te dire ma Biche ? Je sais que tu vas crier. je viens te dire que je suis mal. Je sais, tu me dirais de me secouer. Mais tu connais déjà mes angoisses, et maintenant, bien sûr c'est encore pire. Je ne veux pas abandonner ce site, pourtant je n'ai plus le courage de répondre aux gentils messages de soutient que je reçois. Tant de messages de personnes si gentilles. Je n'ai plus de courage ma Biche. J'espère qu'elles me pardonneront. Pourtant si tu savais comme cela me fait du bien de recevoir un message sur ce livre qui est aussi le tien. Ici, sur place, personne ne nous aide. Nous sommes seuls et c'est très dur à vivre. La saison n'aide pas non plus. Ce qu'on appelle les fêtes se sont mal passées. C'est trop dur. Nous nous sommes isolés, mais que de culpabilité pour tes soeurs et frère. J'ai l'impression de les abandonner et malgré tout l'amour que j'ai pour eux, ma douleur se voit. Je ne sais plus comment faire. Lorsque cela ne va pas trop mal, je culpabilise de te trahir. Je ne sais plus. Dis moi que tu ne m'en veux pas. C'est ici que je te retrouve tu sais. Tu ne m'en veux pas de raconter ta vie ? Je me pose des tas de questions. Tout est si flou dans ma tête. Il faudrait que nous sortions un peu, pour changer d'air, avec toi dans notre coeur. 
J'ai besoin de te dire, de te redire toujours, encore et encore, je t'aime ma Véro. Je n'arrive toujours pas à y croire. Je voudrais un hommage, quelque chose que tu aimes pour ton anniversaire le 8 juillet prochain, mais je ne sais comment m'y prendre. Je voulais écrire et je n'y suis pas arrivée. Tu me connais, je ne suis pas une grande littéraire. Je voudrais tant pour toi. Tu le sais, au labo, à Nice, il y a une plaque à ton nom pour baptiser la salle de réunion. Mais moi, je ne sais que faire. Et j'ai tant l'impression que tu mérites beaucoup. Je pense que la même pensée traverse l'esprit de tous ces parents qui souffrent comme nous. 
Je t'aime ma biche, je t'aime tant.


22 janvier 2005 : Nous sommes le 22 aujourd'hui. Tu sais c'est une date que l'on ne peut oublier. Le 23 non plus. Il y a 2 ans et 9 mois, nous dormions tranquillement, pensant au mariage de ton frère qui devait être célébré le samedi suivant. Quand j'y pense, ma Biche. Tu es partie, seule, alors que nous étions heureux, dans la joie de cette belle journée qui s'annonçait. Comment pouvions nous dormir sans savoir ce qui se passait ? Que la nature est mal faite. Pourquoi ? Pourquoi cet individu a t il choisi cette date ? Pourquoi toi ? Pourquoi, tout simplement ? Tu as eu peur, tu as vu ton tueur, ce récidiviste, et personne n'était là pour te protéger. Peu importe le temps, il a été trop long, trop de souffrance, même si ce n'est que quelques secondes. Quelqu'un peut il imaginer ce que cela représente de savoir cela ? Quelqu'un qui chérit ses enfants au quotidien ? J'ai trop de mal à imaginer que cela ait pu arriver. J'aurai toujours trop de mal, et même si l'on me dit que tu es dans un monde meilleur maintenant, c'est facile à dire lorsqu'on ne le vit pas. Pour moi, tu n'es pas là, et tu ne m'embrasseras plus, ni je ne pourrais plus te serrer dans mes bras. Comment imaginer lorsque l'on ne l'a pas vécu ? Dis leur ma biche, dis leur que la vie est insoutenable. Souffle leur à l'oreille l'horreur que tu as subi, et celle que nous subissons au quotidien. Je t'aime ma Nounouche. Personne ne m'empêchera de parler de toi. Tu seras toujours présente, et comme je le disais hier à un ami, ta vie ne s'arrêtera jamais , JAMAIS.


27 janvier 2005 : Je viens toujours te voir, ma biche, lorsque cela ne va pas. A qui parler ? Beaucoup de personnes si gentilles ici mais qui sont loin. Ce soir j'ai le coeur gros, j'ai mal. Les gens se plaisent à nous faire remarquer que nous ne sommes pas comme tout le monde. Oui, des personnes qui ne veulent pas nous voir prétextant ne pas vouloir déranger. Des personnes que tu accueillerais les bras ouverts avec sourire et gentillesse. Mais voilà tu n'es plus là et c'est trop dur pour les autres de le savoir. La peur, la maladresse, la fuite. Voilà ce qu'ils savent faire. Et ce soir nous en avons encore eu la preuve. Cela me fait si mal. C'est pour moi, comme si l'on te faisait encore du mal, comme si nous devions t'effacer pour les autres. Non, c'est impossible. Tout le monde peut partir, mon choix est fait c'est près de toi que je resterai. Je n'accepterai jamais de te laisser pour les autres. Jamais, JAMAIS . Tu es ici à la maison et tans pis pour les autres. Je ne t'abandonnerai jamais ma biche, j'ai trop mal, j'ai besoin de ta présence. Les autres ne savent pas, ne comprennent pas. 
Je t'aime ma biche. Pourquoi tout cela, POURQUOI ? Je t'aime , je t'aime. 


1 février 2005 : Encore un coup dur aujourd'hui ma Biche. L'ordonnance de non lieu a bien fini par arriver. La justice va te classer dans ses archives. La journée a été très dure pour nous. Nous attendons maintenant le dossier qui nous dira tout. Mais je veux avant tout penser à toi comme avant, toi ma Véro, ma Nounouche. Toi telle que tu as toujours été et que tu seras toujours dans mon cœur. Je te dis toujours je t'aime pour te serrer fort dans mes bras et t'embrasser. Bientôt ta fête ma Biche. Encore une sans toi. Mais tu es là, en moi et personne ne viendra te faire de mal maintenant, mais pardonnes moi mes faiblesses, j'ai si mal. 
Je t'aime ma Biche. 


4 février 2005 : Bonne fête ma Nounouche. Bonne fête. J'avais envie de te le dire.

Pourquoi, ne pourrais-je pas ? combien de parents ont la chance de pouvoir serrer leur enfant dans leurs bras et la chance de l'embrasser. Moi je ne peux pas. Tu es trop loin de moi. Je m'autorise à te dire bonne fête ma Nounouche. J'en ai tellement envie. J'ai pensé à toi toute la journée. Tout ce que j'ai fait aujourd'hui, c'est en pensant à toi. Je t'aime ma biche. Pour toujours, tu sais. Je t'aime tant.



7 février 2005 : Tu m'as manqué ma biche, ce soir. Encore plus qu'à l'ordinaire. Lorsqu'il se passe quelque chose de particulier, je viens toujours te le dire, comme un petit coup de téléphone, lorsque tu n'étais pas près de nous. Maintenant c'est ici que je viens te le dire. Ce soir j'ai pensé à toi qui ne partageais que par la pensée, j'ai parlé de toi, c'est un besoin pour moi de mentionner ton nom, ce que tu as fait, ce que tu étais. Je parle de tous mes enfants tu sais. Quoi de plus beau pour une maman, que ses enfants. Tu seras toujours parmi nous, je ne cesserai jamais de parler de toi, c'est un besoin, c'est vital pour moi. 
Je t'aime tant tu sais. Tu me manques.


8 février 2005 : Ma biche, tu es tata d'un petit garçon. Il n'a pas attendu la date prévue et ce matin il a pointé le bout de son nez à 10 heures après une césarienne. Il va bien et ta grande soeur aussi. Tu me manques, tu sais, pour partager ce bonheur. Tu n'es pas là pour chérir ce petit bébé, pour l'admirer. Je voulais vite te le dire. Je t'aime tant ma biche. Tout ces bonheurs me ramènent très vite à toi. Je suis toujours avec toi.  Mais comme j'aimerais pouvoir te serrer dans mes bras et t'embrasser. 
A très bientôt ma Nounouche, je te donnerai des nouvelles.


14 février 2005 : Ma Nounouche, ta grande soeur quitte à l'instant la maison. Elle vient de sortir de la maternité, et les voilà partis tous les cinq chez eux. Ils sont beaux, tu sais. Une bien belle famille. Tes petits neveux sont si mignons. Mais comme je pense à toi qui ne peux pas partager avec nous ces moments, à toi que je ne verrai jamais dans les mêmes conditions. Tu me manques ma biche. Ces bonheurs me font tant penser à toi, toujours. Je t'aime ma Biche, aujourd'hui, jour de la saint Valentin. Tu n'as pas non plus le bonheur de pouvoir avoir tout l'amour que tu aurais dû avoir. Et pour mon anniversaire, le 11 février, tu m'as tant manqué aussi.
Je te t'oublierai jamais ma biche, jamais tu sais.


15 février 2005 : Ma Biche, aide moi. Aide moi, aide moi, j'ai peur. Porte fermée à double tour, téléphone coupé, nous vivons dans la peur. Pourquoi les malades ne sont ils pas aidés ? J'ai du mal à croire que nous risquons de voir se reproduire le même drame. Que faire ? Que faire ma Biche ? J'ai mal ma Biche, j'ai du mal. Je n'arrive pas à faire grand chose depuis cet après midi. Tout ceci me replonge dans cette triste, effroyable réalité, en me disant que c'est un fait "courant" et je ne sais que faire. Personne ne bouge, tout le monde s'en moque. Nounouche, aide moi, je t'aime.
Moi qui voulais te montrer le paysage enneigé de Grenoble ce matin, vu de la fenêtre.
Regarde ma Biche



22 février 2005 : Ce soir tu es encore plus présente. Cela fait 2 ans et 10 mois que tu nous a quitté. Je pense sans cesse à toi tu sais, et aujourd'hui, nous sommes allés faire un petit tour dans le Vercors pour te rapporter des photos de neige. La neige que tu aimais tant et qui tombe cette année, plus que d'ordinaire. 
Je vois avec tes yeux ma biche. Regarde, ce que j'ai vu ce matin. Je t'imaginais sur les pistes. Toi qui aimais tant. 
Je t'aime ma Véro. 
Regarde cette neige, pour toi.



24 février 2005 : Ma Biche, nous sommes allés à Saint Pierre de Chartreuse, j'ai fait des raquettes pour toi. Toi qui ne peux pas être là pour profiter de la neige, je l'ai fait pour toi. Je t'envoie une photo. Regarde ma Nounouche, je t'envoie de la neige. 
Tu sais je pense tant à toi, toujours, je t'aime ma Biche. 
La neige vole vers toi ma Biche.



2 mars 2005 : Je voulais t'écrire hier ma Biche, et j'étais trop fatiguée, pardonnes moi. Oui, hier nous sommes allés respirer l'air pur à Chamechaude. Tu te souviens. J'ai tant pensé à toi ma Nounouche. Je suis montée en raquettes, en pensant à toi, pour faire ce que tu aimes, à ta place. Tu aimes tant la montagne. Moi, je ne suis pas douée, et je préfère la mer, mais puisque tu aimes la montagne, je fais ce que tu devrais être encore en train de faire si.... Je le fais pour toi car je t'aime. Je regarde pour que tu voies, je respire pour toi, mais je n'ai pas ton expérience et j'étais très déçue de ne pas être arrivée au sommet à 2000 mètres. Je t'envoie des photos ma Biche. Tu le sais, mais regarde comme c'est beau. Je te promets, il faudra que j'arrive au sommet, malgré mon manque de force et d'endurance. Pour toi je le ferai. Pour toi ma Nounouche.



6 mars 2005 : Dure journée ma Biche, La neige est là, abondante. Hier nous sommes allés chez ta grande soeur, et nous étions heureux de voir les petits. Ils sont beaux ma Biche, mais comme nous pensons à toi, tu sais. Hier soir, beaucoup de neige sur la route pour rentrer. Regarde le quartier de nuit sous la neige, hier soir. Aujourd'hui ta petite soeur a voulu partir malgré tout, en randonnée. Petite randonnée, mais voilà, tellement de neige qu'elle est arrivée à 22 heures. Notre angoisse nous a tenaillés. Ils ont terminé leur randonnée avec la frontale, dans des conditions difficiles et risquées. C'est dur pour nous. Peur d'un accident. D'autres évènements nous chavirent le coeur. Nous pensons tellement à toi dans ces moments là. Tu es toujours avec nous. Toujours là dans notre coeur. J'aimerais tant te parler de vive voix, partager avec toi. Je t'aime ma Nounouche, je t'aime. Regarde, c'est beau, mais il y a des bourrasques de vent. Il est préférable de rester chez soi je crois.



12 mars 2005 : Nous sommes remontés à Chamechaude hier. Je voulais refaire cette randonnée pour toi. Je voulais absolument aller plus loin, pour toi, et te rapporter des photos. Regarde ma biche comme c'est beau. Regarde cette neige que tu aimes tant pour skier. Moi je ne suis pas douée et j'ai de la peine à monter en raquettes. Cet arbre en V nous attendait en haut. V comme Véronique. Nous avons pique niquer avec de petits oiseaux, et ces avions qui laissaient toutes ces traces dans le ciel, m'éloignaient de toi. Pourtant tu étais bien là sur mon coeur et dans mon coeur pour m'aider toute cette partie de la journée. Aujourd'hui je ne suis pas en forme. J'ai hâte que cette justice se termine pour penser autrement à toi, te sentir plus proche de moi, de nous seuls. Que les autres ne te fassent plus souffrir au-delà de ce que tu as vécu. Je fais le maximum pour avancer ma Biche, malgré ton absence. Tu me dirais de ne pas me laisser aller si tu étais tout près de moi. Je t'aime ma Biche. Tout me fait penser à toi. J'essaie de marcher derrière toi, faire ce qui te plait, pour toi, parce que je t'aime. Papa aussi tu sais. Il vient de me dire de t'envoyer plein de bisous.
Regarde ma Biche comme c'est beau. Je sais que tu aimes.



22 mars 2005 : Cela fait longtemps que je ne t'ai pas écrit ma Biche. La neige a bien fondu. Heureusement que j'ai pratiqué à temps cette randonnée, pour toi. Je suis fatiguée ces jours ci. Je ne supporte pas grand chose. Nous devions descendre à Nice, toujours pour la justice, et voilà que tout est reporté. Nous sommes là sans nouvelle pour l'instant. Cela m'a fait déprimer. J'ai pris la réalité en pleine figure. Et ce sentiment que toujours nous passerons pour inaperçus. Ce soir cela fait 35 mois que tu es partie, loin, loin de nous. 35 mois, je n'y crois pas. Je ne peux m'empêcher de parler de toi, sinon à quoi bon avoir des contacts. Tu es au centre de mes conversations. Il faut que tu VIVES, il le faut, par tous les moyens. Nous attendons le dossier judiciaire qui se fait long à venir. Nous ne voulons pas que tout se termine sur une étagère d'archives. Comme les gens s'en moquent, pour beaucoup... Que c'est dur de se retrouver seuls, et maintenant, avec le temps qui passe, je n'ai même plus goût à voir du monde. Parler de quoi ? De toi ? Cela leur fait peur sûrement, ils évitent. Et de mon côté, j'ai bien envie d'éviter de parler de leurs ptits bonheurs, si c'est le cas. Tant de choses me ramènent à toi, tellement, pour ne pas dire tout. Sans le vouloir, sans le contrôler, les "flashs" sautent au visage. Je ne sais plus rire ma Biche. Ne m'en veux pas. Mes rires se terminent par des fous rires et des crises de larmes. J'ai si mal de toi. Je t'aime tant. Si seulement les responsables comprenaient, s'ils savaient un instant ce que cela représente, s'ils savaient que mes yeux sont rivés sur l'heure et que tout les 22 je m'imagine la scène. Dans une demi heure environ, les balles t'atteindront. NON, ce n'est pas possible, dis moi ma Biche, dis moi que tu n'es pas trop loin...


10 avril 2005 : Ma Biche, comme la vie est cruelle et les gens méchants. Je ne me sens plus faire partie de cette société. Certains ne connaissent pas la valeur d'un enfant. Quoi de pire que de le voir partir. Comment comparer ? comment dire que c'est identique au départ d'un proche qui a déjà parcouru un bout de chemin ? Une vie entière brisée. A moins de n'avoir perdu la seule personne sur qui l'on pouvait compter recevoir de l'amour, le départ de son enfant restera toujours le plus douloureux, quoiqu'en disent certains. Il ne me reste plus que ce petit chez toi pour venir parler, te parler. Tes soeurs, ton frère doivent faire leur vie, quoi de plus normal. L'idée de vieillir comme cela ne m'intéresse pas vraiment. Je me demande ce que je fais là. Pardonnes moi ma Nounouche. Je n'ai plus envie de grand chose. Tu me manques, de la vie autour de moi me manque. Jamais plus rien ne sera comme avant. Toi qui avait toujours un petit mot gentil, un petit mot pour faire rire. Je t'entends encore,  j'entends encore ta voix, le jeudi soir quand le téléphone sonnait, tard bien sûr, en rentrant du labo. Je n'oublie rien, ta voix , tes gestes, ton regard, tes mimiques, tout est intact dans ma tête. Mais tu n'es pas près de moi et trop de gens ne comprennent pas, n'essaient même pas d'imaginer. J'ai trop mal ma Nounouche. Je t'aime. Je n'ai pas la vie que j'aurais souhaité, depuis toujours.


20 avril 2005 : Pourquoi ? Pourquoi est ce que je suis là ce soir à t'écrire ici ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Jamais je n'admettrai, jamais je me résoudrai à accepter, ni même à essayer de comprendre. Jamais ma fille, ma Biche, ma Nounouche, ma Véro. Toute ma vie, j'en voudrais du plus profond de moi à ceux qui n'ont pas fait un geste pour que cela n'arrive pas. Je ne voudrais pas , non, surtout pas, souhaiter de mal à leurs enfants, mais pourquoi ne souffriraient ils pas comme moi ? Pourquoi une semaine, un mois, un an, voire plus, de galère, ne leur serait pas infligée ? Pourquoi, pourquoi ? Pourquoi vivent ils tranquilles, hors de tout attentat, protégés ? 
Pourquoi ? Nous naissons tous pareils, pourquoi certains auraient ils la possibilité de se protéger, en délaissant les autres, en les exposant à des risques inhumains ? Pourquoi ? Je hais cette nature humaine qui ne fait rien pour que les malades soient pris en charge, épaulés, soignés, afin de ne pas les laisser seuls à la dérive au péril de la vie de simples citoyens honnêtes. Pourquoi ? Pourquoi ces grands qui sont bien petits dans leur tête et bien méchants ont ils le droit de faire cela ? Ils mériteraient la pire sentence. Pourquoi ne daignent ils même pas répondre aux courriers que nous leur adressons ? Pourquoi ? Pourquoi ce dédain, cette méchanceté, ce mépris, cette hypocrisie ? Pourquoi sont ils si malhonnêtes, si menteurs ? Pourquoi ? Que de lâcheté, pourquoi ? Leur pardonnes tu ma Biche ? Dis moi que non. Dis moi qu'ils t'ont pris ta vie, la notre aussi et qu'ils continuent leur horrible mission. 
Qui viendra un jour changer le cours de cette horrible vie ? Qui ? Personne. Personne ne fera mieux. Je ne crois plus aux propos mensongers, aux promesses non tenues, aux discours qui sont bien loin de venir du coeur lorsqu'ils annoncent une amélioration. 
Oh, je ne fais pas de politique ma Biche. Oh non. 
Mon coeur n'en peut plus. Mon coeur explose. Ma haine restera intacte. Rien, ni personne ne m'empêchera de penser ainsi. Je n'ai pas choisi de vivre. La mort m'attendait à ma naissance. Pourquoi ne m'a t elle pas prise ? 
Tes grands-parents, ma Biche ne s'en seraient pas remis, une troisième fois. 
Pourquoi moi, et tant d'autres subissent l'inconscience, la froideur de ces "grands" ?
Pourquoi ? Pourquoi devrais je souffrir et pas eux ? Je ne suis pas coupable, je suis victime. VICTIME . On t'a arrachée la vie ma Biche. Tu n'as plus la place que tu méritais. Pourquoi ? Par leur faute. 
Je suis mal ma Biche, mal. J'aurais tant voulu pour toi, comme pour ton frère et tes soeurs. J'aurais voulu une famille c'est tout. 
Je viens de recevoir un courrier. Tu es invitée à une réception en l'honneur du nouveau président de la résidence universitaire de Berkeley. Les anciens élèves sont conviés, le 27 avril prochain. Juste 3 ans après cette date qui aurait du être magique, celle du mariage de ton frère. Un "grand" peut il y aller en disant ce qu'ils n'ont pas fait pour que tu y sois ? Pourquoi ? 
Les pourquoi me résonneront dans la tête jusqu'à la fin de ma vie. Pourquoi te survivre ? Pourquoi ? 
Pardonnes moi ma colère ma Biche. Je n'ose imaginer cette angoisse que tu as dû maîtriser ce 22 avril pour faire comme si tu ne le voyais pas, comme si tu n'avais pas peur. Bien sur, tu n'as pas de gardes du corps. Voyons, tu dis la vérité, tu n'y as pas droit. Pourquoi ? 
Arrêtez, voilà ce que j'ai envie de leur dire. Arrêtez le massacre. Vous qui ne savez pas ce que c'est que de souffrir de la sorte. 
Nous partons ma Biche, nous partons quelques jours. Je ne t'abandonne pas tu sais. Tu es toujours avec moi. Je me retire de cette ville où les gens n'ont pas vraiment le courage d'affronter le malheur. Je me retire un instant pour laisser passer ces jours horribles, ces jours que beaucoup d'autres connaissent malheureusement. Puis, je reprendrai cette route, cette route qui nous tue chaque jour un peu plus, dans l'ignorance de beaucoup. 
Je t'aime ma Biche, je t'aime comme une maman. On m'a arraché une partie de moi. Tu me pardonnes de dire tout cela. Je pars mais je t'écrirais le 22 et le 23 et souvent, car j'ai trop de mal à imaginer que tu n'es plus là présente, ici.
A bientôt ma Biche, j'ai trop mal.


23 avril 2005 : Tu m'as pardonné ma colère ma Biche ? Hier et aujourd'hui tu as été si présente. Nous avons tenté de s'étourdir pour ne pas penser au pire, penser à toi seulement, pas au reste. Tu es toujours dans nos coeurs tu sais. Hier soir nous étions couchés assez tôt. Je n'ai volontairement pas regardé l'heure, pour éviter de me retracer la scène. Pardonnes moi ma Biche. Aujourd'hui à 14 heures, j'ai revu la scène du 23 avril 2002, lorsque les policiers ont frappés à notre porte. Je m'en souviendrai toujours, mais je n'arrive toujours pas à y croire. C'est trop dur de se dire que c'est vrai et que tu ne reviendras pas. Demain nous allons participer au semi marathon que tu avais fait, tu te souviens ? Nous allons faire seulement 4 kilomètres de marche, pour toi, en pensant à toi. Puis nous rentrerons, en espérant que le soleil reviendra vite pour réchauffer nos coeurs. Nous pensons à toi ma Nounouche, toujours. La vie n'est désormais plus la même, malgré que tes soeurs et ton frère nous donnent tant de joies. 
Tu n'es pas là pour les partager avec nous et c'est si dur. Je t'aime ma Biche, je t'aime. Pourquoi ? Pourquoi ? 


27 avril 2005 : J'ai tardé à t'écrire, ma Biche, pardonnes moi. Nous ne sommes pas à Grenoble. Dimanche, nous étions à Nice. Nous avons pu participer au semi-marathon de Nice où tu avais couru les 10 kilomètres en 2002, si peu de temps avant... Le coeur plein de ta présence, nous avons parcouru les 4 kilomètres. Contents de le faire pour toi, en pensant à toi. Ici je regarde la mer. 
Je l'aime tu sais, pourtant elle m'a tant fait de mal. 
Elle est toujours aussi belle et le soleil brille toujours malgré que notre coeur soit lourd. 
Je viens encore d'entendre parler d'une agression dans un hôpital psychiatrique. Comment peut on en arriver là ? Pourquoi le gouvernement ne fait rien pour ces malades, mettant en danger la vie des citoyens. Tu y as laissé ta vie. D'autres drames de même type ont suivi, et rien ne change. Je ne supporte pas. Pourquoi ? Pourquoi ne rien faire ? Ces malades ont besoin d'aide et nous avons besoin de sécurité. Tu aurais eu besoin de cette sécurité, ma fille, ma Biche, ma Nounouche, ma Véro. J'ai trop de mal à y croire encore. Je suis toujours au fin fond de tes photos, chaque jour. J'ai ainsi l'impression que tu es toujours là près de moi. 
Dis moi que ce n'est pas vrai. Je t'aime tant.
Regarde, une gentille dame nous a photographiés à l'arrivée dimanche. C'est pour toi ma biche.



29 avril 2005 : Il y a trois ans aujourd'hui, nous t'accompagnons ma Nounouche. Horrible journée que celle-ci, malgré que nous ayons été très entourés. Lorsque je regarde tes photos, les films où je te vois bouger, rire, jouer, j'ai tant de mal à croire à ce qui est arrivé. Comment avons nous fait ? Le lendemain ton frère se mariait. Il fallait bien. Ils devaient repartir pour Tokyo, et reculer cette date ne nous aurait pas donné le goût de faire la fête pour autant. La vie avait basculé. Nous avons avancé en automates. Ce n'est pas au début que l'on réalise vraiment l'horreur dans lequel nous plongeons. Tu devais être heureuse ma biche avant le 22. Tu te préparais à accompagner ton frère pour son mariage. Tu devais être l'interprète pour Loline le 27 avril, date prévue pour ce mariage, et tu nous a quittés juste avant. 
J'ai trop de mal aujourd'hui, comme j'en aurais toujours. Nous parlons de ce drame qui marquera à jamais notre vie, autour de nous, et souvent nous nous entendons dire par des personnes que nous ne connaissons pas du tout : "c'était son destin". C'est si facile à dire. Ces personnes ne doivent pas avoir d'enfants, et ne peuvent se mettre à notre place. Je t'aime ma biche, je t'aime. 
Jamais je ne pourrai me résigner et faire comme si.


9 mai 2005 : Les journées sont dures en ce moment. Nous avons voulu nous évader pour ce triste anniversaire, mais tu es toujours avec nous tu sais, et où que nous soyons, tu nous manques tant. 
Je pensais ce soir à l'amour que l'on pouvait avoir pour son enfant.
Ma biche
Un enfant, c'est ce qu'il y a de plus beau que la nature puisse nous permettre de créer.
Un enfant, c'est innocent, c'est mignon.
Un enfant, blanc, noir, jaune, grand, petit, blond, brun, c'est toujours le plus beau.
Un enfant, lorsqu'il est le nôtre, il est encore plus beau
Un enfant désiré, attendu, c'est merveilleux.
Maintenant nous sommes grands parents
Et nos petits enfants sont magnifiques bien sûr
Comme tous les petits enfants
Mais mon coeur se serre si fort, lorsque je pense
Que jamais je ne te verrai arriver à la maison, ton enfant dans les bras.
J'ai tant de mal, ma Véro, tant de mal à l'admettre, à me résigner, à y croire.
Oh, il y a de belles choses dans la vie
Mais nous avons eu droit à la pire qu'il puisse exister
Perdre son enfant.
Et tu sais, cette douleur nous ternit toute notre existence.
Je t'aime tant ma biche.
Jamais je ne pourrai voir quoi que ce soit sans penser à toi.
Ma Véro, je t'aime.


19 mai 2005 : Je vais à ton petit jardin, ma Biche, là où tu es, là où pour moi tu n'es pas, là où je n'aime pas aller, là où je fais tout pour ne pas penser à toi dans cet endroit, pour me voiler la vérité, car elle est trop cruelle. Je vais pour y mettre de jolies fleurs. Je culpabilise de ne pas y aller assez souvent. Tu m'en veux ma Biche ?  J'ai beaucoup de mal. Je me dis que ce n'est pas un lieu où tu dois être, ce n'est pas possible. Dis moi que non. Dis moi que tu continues tes études, que tu es peut être à l'étranger pour faire un post-doc comme tu voulais, dis moi que tu es débordée et que tu n'as pas le temps de me donner des nouvelles, et je ne t'en voudrais pas tu sais. Mais pas là bas. Non, je vais juste mettre de jolies fleurs, mais c'est tout. C'est ici que je pense à toi, ici et partout ailleurs mais pas là bas. Tu es désormais avec moi pour toujours. On se promène ensemble. On ne l'a pas assez fait avant. J'y vais ma Biche et je reviens vite te retrouver ici. 
A tout de suite ma Nounouche. Je t'aime.




22 mai 2005 : 37 mois aujourd'hui, tu partais ma Biche. Je ne peux oublier ce 22 qui revient frapper tous les mois. 37 mois, c'est inhumain. Nous pensons toujours à toi, tu nous manques toujours autant et de plus en plus. Je n'arrive plus à croire que tu es débordée au point de ne pas appeler. Je n'appelle plus sur ton téléphone. J'ai tellement peur d'avoir quelqu'un au bout du fil qui me prouvera que tu n'est plus là. Que c'est dur ma Biche. Pourtant pour tenir, il me faut entrer dans ce déni. Faire comme si, imaginer que tu es bien où tu es, que tu vis, ailleurs. J'ai eu des nouvelles de la justice, mauvaise comme d'habitude. Le dossier a eu vite fait d'aller aux archives. Ils sont rapide pour cela, et tout prend du retard. Ma colère me ronge. 
J'ai vu à la télévision un film, hier soir. Oh je n'aurais pas dû regarder cela, mais... Cette maman qui cherchait le tueur de son enfant pour faire justice. Comme je me suis retrouvée. Bien sûr ce n'est qu'un film, cela fini bien et tout est romancé, mais que de choses que j'ai ressenti au plus profond de moi.
Je t'aime ma Biche. Je suis en train de refaire tout ce site, pour toi. Il sera entièrement fait par moi, avec toute l'aide que l'on m'a apportée lorsque je ne savais rien faire de tout cela. Mais c'est long ma Biche de recommencer. Et cela fait mal, mais c'est pour toi, alors cela n'a pas d'importance. 
Je t'aime.





28 mai 2005 : Demain ce sera la fête des mères, ma Biche, juste le jour où il y a 37 mois nous t'accompagnions à ta dernière demeure. Je vais de plus en plus mal en ce moment. Papa aussi. Plus rien ne m'intéresse. Je me retire doucement de la société. Cette société qui nous a repoussés, nous fuyant. Ces gens qui ne savent pas que dire. Ces gens qui ne veulent pas entendre parler de toi, parce que ça dérange. Je les hais tellement. Maintenant, trois ans ont sonné et c'est moi qui ne veut plus voir personne. Je n'ai plus rien à dire, plus rien. Je ne supporte pas de ne pas parler de toi, et maintenant c'est trop tard, cette haine s'est installée, elle a grandit comme les mauvaises herbes. J'ai mal, si mal. Plus personne n'y pourra plus rien maintenant. Le mal est fait. Ton départ et le retrait de la société. Nous survivons, mais pour combien de temps. Combien de temps tiendrons nous, seuls, en retrait, sans voir personne. Seules tes soeurs sont là. Ton frère est trop loin. Plus de parents pour moi. La famille proche qui ne sait que dire. On ne voit personne ma Biche. Tu es dans mes pensées en permanence, et si je tente d'expliquer mon mal, ce n'est pas compris. Je renonce. Seuls, nous restons seuls, avec toi, avec notre douleur, notre mal, notre haine. Demain ce sont les élections. Tu sais élections riment avec assassinat. Oui, en 2002, le 22 avril était le lendemain du premier tour des élections. J'ai encore plus de haine. Tous ces politiques qui ne servent à rien sinon à nous faire du mal. Demain j'irai crier ma haine, encore une fois. Les jours passent, ma Biche, et le mal devient de plus en plus lourd à porter. La justice traîne toujours. Le dossier a vite été archivé et nous ne l'avons toujours pas. La justice est si inhumaine. Je voudrais partir et voir d'où je serais ce qui se dit sur moi. Tous ces gens qui ne m'ont pas tendu la main. Mais je n'ai pas le droit. Ta grande soeur souffre. Elle voit bien que cela ne va pas. Et les petits ont besoin d'avoir un papy et une mamy souriants. Ta petite soeur est encore jeune. Ton frère est trop loin. Quelle vie ma biche. Ce soir je suis au fond du puits, bien au fond. J'écoute ces musiques, les musiques de la douleur et de la haine. Jamais je ne pourrai aller mieux ma Biche, jamais. Je suis devenue jalouse des autres, méchante sûrement. Je voudrais voir souffrir ces personnalités du gouvernement qui ne font rien pour que change cette vie. Tu auras 30 ans début juillet, et nous serons sûrement seuls. J'ai espéré, souhaité que l'on fasse quelque chose pour toi, que ceux qui étaient tes amis pensent à toi ce jour là et maintenant je ne veux plus. Pas de signe de vie de toutes ces personnes. J'espère, je souhaite qu'ils nous laissent tranquilles. Je ne pourrais pas supporter qui que ce soit. Je suis trop mal ma Biche, trop mal. Je serais prête à tout pour ne voir personne le 8 juillet, à me supprimer s'il le faut. Qu'on me laisse avec toi, c'est tout. On m'a trop fait mal. Je n'ai plus besoin maintenant. Je veux juste le bonheur de tes soeurs et ton frère, c'est tout. Et toi dans mon coeur. Aide moi ma Véro, j'ai trop mal, je perds pied. Nounouche, aide moi. 
C'est pas vrai, dis moi, je t'aime.





29 mai 2005 : La fête des mères est passée, ce 29 aussi. Tu étais avec nous ma Biche, tu sais. Hier nous étions chez ta grande soeur. Les petits sont si mignons. Cela s'est bien passé, très simplement comme je le souhaite maintenant. Ta petite soeur a été très gentille aussi. Elles sont compréhensives. Cela me fait du bien. Elles savent que je les aime plus que tout, mais que tu n'es pas là et que je ne suis pas bien du tout. Ton frère est beaucoup trop loin. 
Ce matin nous sommes allés à ta dernière demeure. Il y avait beaucoup de monde dans cet endroit triste. Je me suis dit que certaines personnes faisaient la fête aujourd'hui mais que d'autres, malgré tout, avait une pensée pour leurs êtres chers. Cela m'a rassurée un peu. Nous sommes allés porter des fleurs à la demeure de Mémé aussi. 
Je suis allée voter aujourd'hui. Je tenais à aller crier ma colère. Oh, je suis sûre que cela ne leur fait rien, mais j'étais toute tremblante dans ce bureau de vote, tant la haine m'envahissait. Mais je tenais à le faire. Je n'ai jamais eu l'occasion de crier ma haine comme je l'aurais voulu. Je le fais comme je peux. 
Puis nous sommes allés à ton petit jardin. Nous y mettons de belles fleurs, avec amour. C'est à toi ma Biche. Je te montrerai des photos que j'ai prises, mais ce soir je voulais t'offrir une fleur d'un de tes rosiers. Je l'ai choisi jaune orangé, car j'aime cette couleur. J'espère que cela te plait. Je t'offre cette rose ma Biche, car si l'on t'avait laissé la vie, tu aurais peut être reçu des fleurs et un baiser d'un petit bout de chou.
C'est si dur pour moi, si dur. Qui peut comprendre ?
Regarde ma Biche, c'est pour toi, je t'aime.








31 mai 2005 : Le dossier est arrivé, ma Biche. Je viens de l'apprendre par téléphone. J'ai peur, peur de ce que nous allons y voir, peur de la bombe qui va se trouver près de nous. Aide moi ma Biche. Dis moi que tu n'as pas souffert ma Nounouche. Nous allons devoir descendre à Nice pour aller chercher ce dossier. Nous le voulions car cela nous appartient, c'est la partie triste de ta vie, l'horreur, mais nous devons l'avoir. Mais j'ai peur, peur ma Biche. Aide moi. 
Je t'aime ma Véro, je t'aime tant, je n'arrive pas à y croire.





10 juin 2005 : Je ne t'oublie pas ma Biche. J'ai tardé à t'écrire. Nous sommes descendus à Nice mardi après-midi et mercredi 8 juin, nous avions rendez-vous chez l'avocat qui nous a remis ce dossier. La partie de ton histoire la plus horrible. Mais le dossier n'est pas complet. Nous devons nous battre encore pour l'avoir en entier. Nous le voulons ce dossier ma Biche, c'est une partie de toi, et tu dois revenir à la maison et ne pas rester dans des archives. Nous faisons tout ma Nounouche, tout pour savoir pourquoi cela t'est arrivé, tout pour savoir la vérité, aussi dure soit-elle. Ainsi, je n'aurai pas de regret plus tard, même si maintenant, c'est insoutenable. La vérité la plus dure est moins difficile que les mensonges dont on découvre la vérité bien plus tard. Nous avons fait ce choix, nous devons l'assumer, et nous ne voulons pas que tu sois loin de nous. Tout ce qui t'appartient, nous appartient désormais, et nous devons le posséder. Tu es ici, chez toi, pas au tribunal. Tu vois ma Nounouche, j'ai un peu laissé traîner des tas de choses, car je voulais absolument recommencer ton site. J'ai changé les couleurs. Je l'ai fait moi-même. 
Je voulais que ce soit vraiment le tien. 
J'ai pensé à toi et je t'ai mis plusieurs musiques de Georges Brassens, pour toi. 
Je vais pouvoir aller plus doucement pour continuer ton site, ma Véro, car j'ai encore beaucoup de choses à dire, à placer sur ce site, mais il ne se terminera jamais tu sais, alors je vais doucement. Les journées ne sont pas faciles en ce moment. Papa n'est pas bien. Tu nous manques ma Véro. J'ai trop de mal à croire à ce drame. Je t'aime.




17 juin 2005 : Cela faisait plus de trois ans que je réclamais, plus de trois ans que j'imaginais tout, sans savoir. Maintenant je viens de te retrouver, ma Nounouche. Même dans ces conditions, tu as su rester belle, toujours belle. Je t'ai retrouvée ma Biche, je sais enfin. Mon esprit n'a plus rien à inventer, JE SAIS maintenant. Tu es belle, tu es restée belle jusqu'au bout. Mais tu continues à vivre dans mon coeur. J'ai mal, mais je t'aime, je t'aime tant ma Nounouche. 
Dors ma Biche, dors tranquille, tu es revenue à la maison, tu ne crains plus rien.





22 juin 2005 : Un mois de plus sans toi ma Biche. 38 mois aujourd'hui que tu nous a quittés. 38 mois de calvaire. Qui peut imaginer ? J'ai beaucoup pensé à toi aujourd'hui. Je suis très perturbée en ce moment, depuis que j'ai vu ce dossier complet. Dossier judiciaire que je ne regretterai jamais d'avoir demandé, mais oh combien traumatisant. J'ai ta photo dans la tête. J'ai mal. J'ai tellement peine à croire à tout cela. Lorsque j'en parle, j'ai l'impression que ce n'est pas de toi dont je parle. C'est si dur ma Biche. J'ai rêvé il y a peu, que je pleurais parce que je ne supportais pas cette idée de ne pas te revoir. Maintenant je vois l'entrée de l'immeuble et j'ai l'impression de te voir arriver. Je te vois Nounouche, je me dis que ce n'est pas possible. Je suis mal, je ne me vois pas d'avenir, j'angoisse. Je ne sais pas de quoi sera fait notre futur. Je ne sais pas ce qui pourrait m'apaiser. Je me sens seule, et je ne veux de personne. Tu auras bientôt 30 ans, je voulais un témoignage de tes amis, je n'ai pas de nouvelles, et je n'ai plus envie. L'idée que cela ne vient pas d'eux spontanément m'enlève ce désir de les voir témoigner qu'ils pensent à toi. Je suis mal et en même temps, je veux rester dans ma solitude, car je ne peux pas parler de tout sans t'inclure dans la conversation. Pour moi c'est te trahir, c'est me faire mal que de ne pas parler de toi. Je sais que cela ne plait pas à beaucoup. Tans pis, je reste seule, avec toi et mes pensées. Peu m'importe ce que les autres souffrent, s'ils ont une pensée pour toi. Qui donc peut souffrir plus que ton Papa et ta Maman ? Nous t'avons mis au monde, voulue, désirée. Tu es la chair de notre chair. C'est trop dur ma Biche. 
Chaque jour je me réveille avec toi, je me couche avec toi, je pense à toi la journée. Tu me manques tant. Il y a 38 mois, tu tombais sous les balles, devant ta porte, la main sur ta poitrine. Les clés étaient déjà dans la serrure de la porte que tu n'as pas eu le temps d'ouvrir. Je t'aime ma Nounouche, je t'aime.




29 juin 2005 : Ma Nounouche, j'ai encore le vague à l'âme ce soir. Je ne supporte plus que l'on ne parle pas de toi. J'ai l'impression que les gens pensent à toi à leur façon ou t'oublie pour ne pas souffrir, pour vivre. Mais toi, que fais tu ? Voudraient ils en faire autant ? Je ne comprend plus. Et puis il y a ceux qui pensent forcément à toi, mais qui n'en parlent pas. Je sais il faut respecter, mais c'est si dur. Pour moi, tu es dans toutes les conversations, et je ne comprends pas que l'on ne dise pas le mal que cela peut nous faire que tu sois partie loin de nous. Tout cela me pèse tant. Je ne supporte plus. Je ne vois pas d'issue à ce mal de vivre. Je fuie, je m'éloigne de tout le monde. Je marche tête baissée, je ne veux voir personne. Les conversations ne m'intéressent pas. Aujourd'hui, il y a 38 mois nous t'accompagnions. 38 mois...
Qui accepterait de rester 38 mois et le reste de sa vie sans voir son enfant ? 
Je sais je répète toujours pareil. Tu me gronderais, mais j'ai mal, si mal. Si je vais un peu moins mal, j'ai honte de moi. 
Les soldes ont commencé ce matin. Je suis allée m'acheter un pantalon dans le magasin où tu allais. Parce que tu allais là, j'y vais. J'ai même failli dire à la personne qui m'a servie pourquoi je venais là, et puis j'ai fait des efforts pour me taire. 
Je deviens folle ma Biche, mais je n'arrive pas à faire mieux, surtout lorsque je sens que l'on ne pense pas assez à toi, que l'on ne parle pas assez de toi. Mon coeur saigne. 
J'ai mis sur ton site, les articles de journaux du mois d'avril 2002. J'ai le droit parait-il. Les personnes verront ce qu'il s'est passé, encore qu'il faut ne retenir que la vérité car il y a des propos mensongers dans les articles de presse.
Je t'aime ma Nounouche, ma Véro. Aide moi, je coule trop souvent. Ton anniversaire approche, et qui pensera à toi ? 
Je t'aime tant 



2 juillet 2005 : Un peu de vie à la maison cet après midi, ma Véro. Cela fait du bien, nous aimons nos enfants, tous de la même façon, mais le soir venu, qu'il est dur de se retrouver seuls. Nous pensons à toi tout de suite, à cet après midi que tu n'as pas partagé avec nous. Je suis lasse, j'ai le coeur gros. J'ai tout de suite eu ce besoin de venir te rejoindre chez toi, chez Nounouche. J'ai parcouru quelques pages de ce site, qui me font très mal, et maintenant je viens te dire un petit bonsoir. Je viens t'embrasser, te serrer dans mes bras, me dire encore une fois que ce n'est qu'un cauchemar. 
J'ai si mal. Je ne m'en rendais pas compte jusque là. je vivais dans le déni. Je disais toujours que j'avais mal même si cela n'était pas aussi intense que maintenant. Je ne voulais pas aller mieux, je ne le veux toujours pas. Je ne veux pas que l'on puisse dire que je me suis "remise" de ta disparition. Les gens n'essaient même pas d'imaginer ce que cela peut représenter et continuent de vivre, nous ignorant. Je ne suis pas dans un état d'esprit où j'envisage d'aller mieux un jour. Ce drame est si inconcevable pour moi, et tout ce que nous avons subi après et que nous continuons de subir, que je suis trop révoltée. Notre médecin espère arriver à nous faire disparaître petit à petit cette culpabilité qui nous ronge, de voir la vie, d'en "profiter", alors que tu n'es plus là. Mais je suis bien loin de cette démarche, et je me refuse de vivre tout simplement. Pourquoi vivre lorsque l'on a perdu son enfant, celui qui aurait du nous accompagner à notre dernière demeure ? Il n'y a que devant les petits que je met le masque afin de ne pas les perturber. Les adultes doivent, à mon avis, tenter de comprendre ce mal être. 
Je suis emmurée ma Biche. Il n'y a aucune fenêtre autour de moi. Je ne peux pas sortir de cette prison. 
Je t'aime tant ma Nounouche. Comment pourrais je vivre normalement ? 
Le temps est long, si long. La vie est lugubre. Je ne sais plus, je ne vis plus, je n'entend plus, je ne vois plus. Seule ma haine continue de vivre, plus fort chaque jour.
Je t'aime ma Véro. Les jours qui arrivent sont atroces. Qui pensera à toi ? J'ai mal.



5 juillet 2005 : Ma Biche, je suis très mal en ce moment. Je n'écris à personne, je n'y arrive pas. J'attends ce 8 juillet. Je ne suis pas calme. Je suis fatiguée, j'ai constamment sommeil, cet anniversaire sans gâteau, sans toi surtout, me stresse. Nous préparons des ballons qui s'envoleront vers toi pour t'apporter notre amour. Un tapis de fleur sur ta dernière demeure et encore des ballons au dessus de ton petit jardin.
Je prépare ma page sur ton site, chez toi, chez Nounouche. J'espère pouvoir la placer le lendemain. Je t'aime ma Nounouche, nous t'aimons tant, et ces jours sont si difficiles. Tout le monde comprendra mon silence. Le 8 doit passer pour que je puisse penser plus sereinement à toi. Puis notre séjour hors de Grenoble nous fera du bien je le souhaite. Tu viendras avec nous. 
Tu es toujours dans nos coeurs.
Je t'aime ma Nounouche, mais je suis si fatiguée, si mal en ce moment. 




9 juillet 2005 : Ma Nounouche, hier tu as eu 30 ans. Tes 30 ans, je les aurais voulu autrement. Je t'aurais voulu près de moi, mais il n'y a plus d'anniversaire avec toi. C'est si dur. J'ai demandé à tes ami(e)s de te rendre hommage et rien ne s'est passé. Aucun signe de qui que ce soit hier, ni même aujourd'hui, alors que nous sommes samedi. Je ne comprends pas ma Nounouche. Ce n'est pas possible que tout le monde t'ait oubliée. C'est peut être nous qui gênons ? Je ne comprends plus. Aujourd'hui je suis blessée. J'ai mal dans mon coeur et mon corps réagit aussi à cette agression. Je ne veux plus voir personne. Je ne crois plus en rien. Je ne comprends plus. Je ne sais qu'une seule chose : Je t'aime . Personne ne viendra m'en empêcher. Je ne demande plus rien. Je veux être seule comme je le suis depuis plus de trois ans. 
Nous t'avons fait des petites choses pour ton anniversaire hier, mais seuls. Personne ne s'est manifesté. Je ne comprends plus ma Biche. Toi qui est très tolérante, explique moi. Je ne sais plus, je t'aime.




15 juillet 2005 : Ma Nounouche, nous nous absentons une semaine environ. Tu viens avec nous, toujours, désormais. 
Je ne t'ai pas écris avant. J'ai eu très mal la semaine dernière, et beaucoup de mal à imaginer que ce qui était arrivé était la vérité. J'ai beaucoup de peine pour toi ma Biche. Nous qui pensons sans cesse à toi, Papa et moi. C'est si dur de croire à la vérité. 
Aujourd'hui cela faisait 11 ans que Pépé Maurice partait. Tu te souviens, sa gentillesse, sa sensibilité. Je ne crois pas qu'il aurait supporté de te voir partir, pas plus que Mémé. J'ai beaucoup pensé à lui aujourd'hui. 
Ce soir nous avons été arroser ton petit jardin afin qu'il n'ait pas trop soif pendant toute une semaine. Il y a l'ombre des arbres. Les fleurs patienteront un peu. 
Je n'ai toujours pas de nouvelles de qui que ce soit, mais j'ai réussi à chasser cette grosse douleur. Je ne vais pas bien, mais je me fais une raison, bien contraire à mes idées: nous sommes seuls et c'est très dur de ne pas pouvoir partager les moments heureux de ta vie avec ceux qui t'ont connue. 
Je t'aime ma Nounouche. Je continuerai toujours de t'aimer, et de me remémorer ton visage, ta voix, tes gestes, ton sourire, afin que ta vie ne s'arrête jamais.




23 juillet 2005 : Je ne peux pas oublier cette date du 23 avril où nous avons vu arriver les policiers à la maison, comme le 22 avril 2002 où tu as laissé ta vie sous les balles d'un déséquilibré que tu ne connaissais même pas. 
Je ne suis pas à la maison. je t'enverrai ce courrier en rentrant à Grenoble. J'ai pensé à toi hier toute la journée, malgré que je sois sortie. Tu étais avec nous. Journée pleine d'émotions, j'étais très fatiguée le soir. Mais tu étais si près de nous.
Aujourd'hui, pour moi, c'est aussi un jour qui me rappelle tant de mauvais souvenirs. 
Je pense à toi ma Biche. Tu es toujours avec nous. 
Je t'aime. Je t'aime tant.




28 juillet 2005 : Oh ma Biche, comme j'ai pleuré aujourd'hui. Pourtant les larmes sont bien bloquées par la colère, mais ce matin, je suis revenue plus de 3 ans en arrière. J'ai vécu à nouveau notre dernière sortie ensemble. Tu étais venue à Grenoble et tu m'avais accompagnée en ville pour l'achat de mes vêtements destinés au mariage de ton frère. Puis, nous étions toutes les deux, seules, comme c'est si peu arrivé, si peu, trop peu. Tu as voulu entrer dans un magasin que tu aimais bien. Nous y sommes allés, toutes les deux, juste nous, rien que nous. 
Ce matin je suis passée devant ce magasin et je n'ai pas pu m'empêcher d'y entrer. Je ne saurais te dire, ma Biche. Tout est revenu, tu étais là et la réalité me sautait au visage. J'étais là dans ce magasin, je ne pouvais en sortir, je voulais fuir et je voulais y rester en même temps. J'allais d'un rayon à un autre cherchant à sortir avec un objet. J'étais de plus en plus mal. La douleur montait. J'étais avec toi. Tout me rappelait ce dernier jour. J'ai acheté n'importe quoi et arrivée à la caisse, j'avais déjà trop retenu mes émotions, j'ai fondu en larmes. Je n'arrivais plus à m'arrêter. J'ai vaguement dit à la personne la raison de mon état et je suis vite partie, alors que les larmes ne voulaient pas s'arrêter de couler. Depuis j'ai ce magasin en tête. J'ai envie d'y retourner souvent pour t'y retrouver. Pour pleurer ? Je ne sais pas. J'ai le coeur à l'envers ce soir.
Des soucis me perturbent pour les mois à venir, pour l'année scolaire prochaine. J'écoute de la musique mais les larmes ne viennent pas bien que j'ai une folle envie de fondre en larmes. Je t'aime ma Biche.
Tu me manques tellement. 




1 août 2005 : Ma fille, je me lève dans le même état que je me suis couchée. Les quelques jours passées hors d'ici nous avaient fait du bien, mais ils s'éloignent et tout revient. Tout ce qui me fait mal depuis plus de 3 ans et même plus. Tout remonte. Nous n'avons pas eu assez de complicité, pas assez de moments à partager. Pourquoi ? Pourquoi devrai-je subir tout cela ? J'ai envie de fuir comme dans cette chanson que j'écoute en boucle depuis hier. Cette chanson que je n'ai pas pu m'empêcher de chercher tout l'après-midi d'hier. Cette page que je n'ai pu m'empêcher d'écrire. Je souffre de ton absence définitive, sans retour, alors que je souffrais déjà de ton absence avant. Tu étais plus souvent... ailleurs. Je n'ai eu aucun signe pour ton anniversaire et cela revient me torturer. Il y a une plaque au labo, pour nommer la salle de réunion de ton nom. Je voudrais demander à la faire enlever. Ai-je le droit ? Qui pense à toi en passant devant? C'était un hommage des premiers instants. Depuis, plus de signe de ce labo que nous ne reverrons plus, plus de signe de personne sur Nice, plus de signe tout court. Tout le monde a tourné la page, fermé le livre de ta vie. Ta place est donc près de moi maintenant. On m'a pris ma fille, on me la rend lorsqu'elle n'est plus là physiquement. J'ai mal, j'ai si mal. J'aimerais tomber dans les profondeurs de l'abîme, j'aimerais que l'on m'oublie aussi, à tout jamais. Partir, loin, sans laisser d'adresse, ne plus donner signe de vie. Personne ne se fera du soucis pour moi, j'en ai la preuve. Tout m'est égal maintenant, dans ce monde brutal comme dit si bien la chanson. Monde de brutes où les gentils se comptent. Nous avons tout perdu : toi ma biche, un procès qui n'a jamais eu lieu bien sûr, des coupables par négligence qui n'ont pas dit la vérité, qui vivent, respirent tranquilles. Et nous qui sommes là sans but aucun. Hier soir nous avons vu une émission de télévision relatant les faits de Pau. Un procès aura lieu pour ce schizophrène qui a égorgé et décapité deux infirmières. Il était dangereux. Pourquoi les médecins n'ont ils pas pris de précaution ? Cela sera toujours ainsi ? Les vies humaines ne les intéressent pas. Papa m'a dit, avant de dormir : " peut on aller au procès ? " Je ne sais pas. Si cela est possible, pourquoi n'irai-je pas crier ma haine aux côtés des familles