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Au revoir, ma
biche
Il était
tout juste 14 heures le mardi 23 avril 2002, Alain, ton frère et Loline
étaient là, venus du Japon où ils travaillent, s'activant aux
préparatifs de leur mariage prévu le 27.
La sonnerie de la porte
retentit : deux policiers se présentent.
Encore dans la cuisine, je
m'aperçois que l'un d'entre eux demande à parler à ton papa.
Il ferme la
porte de la salle de séjour, l'autre policier reste dans le couloir.
Tout ceci est beaucoup trop intrigant.
En une ou deux secondes
seulement, j'accours vers le séjour où je trouve papa effondré.
La
nouvelle m'est annoncée.
"Non, ce n'est pas vrai, il y a une erreur, ce
n'est pas possible"
Je crie, je demande où se trouve l'assassin pour que
justice soit faite.
Les policiers qui ne savent que peu de choses.
Ils appellent par téléphone la brigade criminelle de Nice, où s'est produit
l'assassinat de Véronique.
De longues minutes d'attente, puis le verdict
tombe :
Son voisin de palier, malade mental, a assassiné Véronique
à l'aide d'une 22LR,
lundi soir 22 avril, alors qu'elle rentrait chez elle.
Tout va alors très vite et très lentement à la fois.
Marie-Laure est au
lycée, que va-t-il se passer pour elle ?
Alain passe de nombreux coups de
téléphone :
Le médecin, notre gendre (Sandrine est professeur), le frère
de mon mari, mon frère qui arrivera dans la nuit pour annoncer lui-même
la triste nouvelle à ma mère, n'ayant pas la force de le faire
moi-même,
Mon cousin qui habite Nice, qui se propose immédiatement de nous aider,
la famille, les amis...
Je me demande encore comment ai-je pu attendre le vendredi 26 pour
descendre à Nice vers ma fille.
Les scellés avaient été placés sur la
porte de son appartement, son petit corps meurtri n'était pas visible,
une autopsie étant en cours.
Je ne sais même plus comment nous avons
survécu à ces longues journées.
Nous avons été entourés, visites familiales, amis, préparation de notre
descente sur Nice, sans oublier nos enfants qui ont tout donné
d'eux-mêmes pour nous épargner le maximum.
Vendredi arrive, sur l'autoroute qui nous conduit vers Nice, la
circulation est dense.
Une voiture ne s'arrête pas à temps, l'accident
est là, sans gravité.
Nous devons laisser notre véhicule et continuer à
l'aide d'une voiture prêtée par l'assurance.
Du retard, nous arrivons à
la fermeture du reposoir de l'hôpital.
Triste soirée.
Ce n'est que le
lendemain que nous pouvons, enfin voir notre fille.
Que faisons-nous là ce samedi 27 avril, date à laquelle nous aurions dû
être réunis pour le mariage de notre fils ?
Il faut beaucoup de courage pour venir au chevet de son enfant, tuée 5
jours auparavant...
Abasourdis, sous le choc, nous avançons comme des
automates, guidés par tous ceux qui nous aident.
Remontés sur Grenoble, il nous a fallu attendre le lundi 29 pour
célébrer le départ de notre Véronique.
La famille, les voisins, les
copains de toujours, depuis la classe de maternelle jusqu'à ses
dernières études à Nice : la salle est comble.
Les musiques choisies
nous permettent d'entendre de la musique classique qu'elle aimait, la
valse d'Amélie Poulain,
Et pour l'au revoir "puisque tu pars" de Jean-Jacques Goldman : chanson qui m'aide à pleurer, moi, pour qui, les
larmes sont si enfouies, tant la colère est vive.
Nous avons tenu à lire nous-mêmes certains textes. Pour ceci il nous
fallait garder le peu de ressources que nous avions, aussi nous nous
sommes installés les premiers, sans voir quiconque avant la cérémonie,
ce qui nous aurait démunis du peu d'énergie que nous possédions. Nous
sommes satisfaits d'avoir pu réaliser ce que nous souhaitions faire.
La
cérémonie terminée, nous avons pu nous "laisser aller" dans les bras de
tous, certains venus de très loin pour dire "au revoir" à Véronique.
Hélas, le grand vide s'est bien vite installé autour de nous. Cette
horrible histoire fait peur, personne ne sait quoi dire, préfère "passer
son chemin", alors que nous aurions eu besoin d'eux.
Il faut perdre son enfant pour comprendre quelle peut être la
souffrance ressentie au plus profond de soi. Nous avons perdu une partie
de nous-même.
Nous avons promis à Véronique d'être forts, c'est très dur, mais nous
devons continuer pour nos enfants, pour tous.
Ce jour fut
pour nous un vrai naufrage, un séisme, la vie changeait brusquement.
Dorénavant, plus rien ne serait comme avant.
Vous
entendez la musique du Titanic
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